Entretien avec Aboubacar Kampo, représentant de l’Unicef en Côte d’Ivoire.

L’Unicef estime que 2,7 millions d’enfants ne sont pas enregistrés en Côte d’Ivoire[1]. Quelles sont les conséquences ?
Elles sont dramatiques. Dans le primaire, un enfant sur six n’a pas d’acte de naissance. Ces enfants ne sont pas reconnus juridiquement. Ils n’existent pas. Ils n’ont pas droit à une nationalité. Cette situation aggrave l’apatridie. En Côte d’Ivoire, ils peuvent aller à l’école primaire. Mais ensuite, ils ne peuvent en aucun cas passer les examens pour accéder au secondaire. L’éducation est indispensable pour le développement de l’individu et de la nation.

Quelles actions menez-vous?
Nous intervenons à plusieurs niveaux :
– Le soutien aux cliniques juridiques[2] qui prennent en charge le jugement supplétif pour obtenir un extrait d’acte de naissance ;
– L’organisation d’audiences foraines de régularisation de l’état civil avec le ministère de la Justice ;
– Et plus récemment, la mise en place d’une opération spéciale[3] en partenariat avec les ministères de la Justice, de l’Éducation et de l’Intérieur pour opérer un rattrapage de tous les enfants inscrits à l’école primaire, soit 1 164 000 élèves. Il s’agit de délivrer un extrait d’acte de naissance à ceux qui n’en ont pas ;La sensibilisation des populations sur l’importance d’enregistrer leurs enfants ; L’appui au gouvernement dans la réforme de l’état civil. Le ministre de la Justice veut rapprocher les services des populations et faciliter leurs démarches administratives pour que la déclaration de l’enfant à la naissance ne soit, ni un problème, ni une inquiétude pour les parents.

En quoi les organisations internationales ou des associations comme l’ANF peuvent-elle être utiles ?
Ces institutions agissent auprès du gouvernement. Elles peuvent apporter beaucoup par leur appui technique, notamment dans la réforme de l’état civil, et financier. Pour l’opération spéciale, nous avons bénéficié d’un financement de l’Unicef France[4], appuyé par l’ANF. Ces organisations peuvent contribuer au plaidoyer. Elles ont leur rôle à jouer.


[1] Ce nombre inclut les enfants scolarisés et non-scolarisés.
[2] Il y a sept cliniques juridiques en Côte d’Ivoire notamment à San Pedro, Guiglo, Man, Bouake, Korhogo et Bondoukou. Elles fonctionnent comme des centres d’écoute et d’orientation aidant les populations à mieux comprendre leurs droits et à les faire valoir. Elles apportent une assistance judiciaire aux plus démunis.Elles ont été créées par l’association des femmes juristes de Côte d’Ivoire, grâce à un financement de l’Union européenne.
[3] L’opération s’est terminée courant juin 2017.
[4] À hauteur de 900 000€.

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