Paul de SINETY – « Faire vivre notre droit en français dans le monde »

DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL À LA LANGUE FRANÇAISE ET AUX LANGUES DE FRANCE

Quel parcours vous a mené à votre poste actuel ?

Paul de Sinety : Un parcours de terrain ! À 23 ans, après des études supérieures de lettres classiques, j’ai choisi d’écrire et de parcourir le monde. Pendant des années, j’ai réalisé des films documentaires et écrit des récits à partir de mes voyages en Europe centrale, au Moyen-Orient ou en Inde. J’ai ensuite intégré un opérateur culturel des Affaires étrangères où j’ai commencé ma carrière dans la promotion du livre et de notre langue. À l’Institut français, j’ai ainsi piloté de nombreux événements dans des contextes très divers en Russie, en Chine ou encore au États-Unis, avant de devenir conseiller culturel au Maroc. J’ai également été commissaire général du pavillon français à la Foire du livre de Francfort (2017), où j’avais ouvert cette invitation à tous les auteurs francophones dans le monde. Depuis 2018, sur nomination du Président de la République, j’ai l’honneur d’être délégué général à la langue française et aux langues de France, au sein du ministère de la Culture.

Quelles sont vos missions actuelles ?

P. de S. : Auprès de la ministre de la Culture Catherine Pégard, mes missions consistent à promouvoir la langue française « langue de la République » (article 2 de notre Constitution) et valoriser les langues régionales de notre pays « qui appartiennent au patrimoine de la France » (article 75-1). 

Comment travaillez-vous avec le notariat francophone ?

P. de S. : L’une de mes missions consiste à coordonner le dispositif d’enrichissement de la langue française, qui permet d’exprimer en français les nouvelles réalités du monde contemporain, notamment dans les domaines juridiques. À ce titre, le partenariat avec le notariat francophone est fondamental. Nous agissons ensemble sur de nombreux sujets, notamment en soutenant la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts.

Quelle est la place du notariat francophone aujourd’hui ? 

P. de S. : Elle est majeure, pour faire vivre notre droit en français dans le monde et dans un contexte de plus en plus concurrentiel avec le droit anglophone. Développer et soutenir les coopérations entre professionnels du Nord et du Sud de la Francophonie me semble être l’un des axes majeurs de l’ANF. Je me réjouis de votre dynamisme sur le sujet ! Les actions de sensibilisation vers les jeunes générations sont également essentielles. Et à titre individuel, chaque notaire francophone doit rester intransigeant sur l’usage de notre langue.

Constatez-vous un recul du français dans les instances internationales ? Est-ce que cela fragilise le droit continental et la tradition notariale ? 

P. de S. : Si l’on ne peut que déplorer la baisse de l’emploi de notre langue dans les instances internationales, il faut saluer la ténacité de nos diplomates et plus généralement des acteurs francophones à la défendre : c’est un phénomène assez nouveau et je me réjouis d’une telle prise de conscience. Notre langue a toujours eu une place privilégiée dans les organisations internationales du droit. La cour de justice européenne en offre la meilleure illustration puisque le français est l’unique langue de travail. Mais il faut rester vigilant car les tentations d’en supprimer le statut sont réelles. À cet égard, tout repose d’abord sur nos capacités, à nous instances françaises et francophones, à fournir des formations linguistiques juridiques de haut niveau en français, notamment dans certains pays de l’UE qui n’en possèdent pas car non traditionnellement francophones.

L’intelligence artificielle représente-t-elle une menace supplémentaire pour le français ou une opportunité de le diffuser à une échelle inédite ?

P. de S. : Après le succès de l’inauguration de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, une récente avancée consiste à mettre en oeuvre un consortium industriel européen sur les technologies des langues (ALT EDIC). Fort d’une alliance de 20 pays membres de l’UE, l’objectif partagé avec la Commission est d’accompagner la création de grands modèles souverains pour nos langues européennes. C’est le premier jalon d’une IA souveraine européenne, chantier désormais incontournable.