Guillaume Pitron, auteur de la « La guerre des métaux rares »

Journaliste au Monde diplomatique, Guillaume Pitron est l’auteur du livre « La guerre des métaux rares »[1]. Dans son ouvrage, il se penche sur l’extraction de ces matières premières et leur exploitation dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication (ordinateurs, smartphones, objets connectés…), dans les technologies vertes et dans l’industrie, notamment automobile et aéronautique. Les métaux rares sont devenus indispensables à la transition écologique et sont censés contribuer à réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Mais cette troisième révolution énergétique et industrielle soulève des enjeux géopolitiques, économiques et environnementaux sans précédent.

Pourquoi ces métaux rares sont-ils devenus si importants ?

Nous vivons une transition énergétique avec des technologies vertes (éoliennes, panneaux solaires, etc.) qui a besoin de métaux rares. Dans la nature, il y a des métaux abondants (fer, aluminium, zinc, cuivre…) et il y en a d’autres en quantités infinitésimales. Les terres rares sont une catégorie de métaux rares. On en dénombre une trentaine comme l’erbium, le vanadium, le scandium, le samarium, le prométhium… que l’on trouve principalement en Chine. Ils sont indispensables pour faire fonctionner les nouvelles technologies.

Aujourd’hui, toute notre mobilité électrique fonctionne grâce à de tout petits aimants de métaux rares comme le néodyme. Les moteurs électriques d’une automobile, d’une brosse à dents, ou Solar Impulse, l’avion solaire de Bertrand Picard qui a fait le tour du monde, en ont besoin. Quand vous envoyez un SMS, vous touchez un écran tactile qui fonctionne grâce à une poudre d’indium.

Extraire ces métaux représente un énorme coût financier et environnemental…

Les besoins en terres rares vont croissants : +15% par an. On devrait multiplier leur extraction par deux tous les 5 ans. Dans une tonne de fer, il y a 1 kg de néodyme. Pour 1 kg de lutécium, il faut 1 200 t de roches. Et une fois extraits, ces minerais doivent être purifiés. Ces opérations sont polluantes. Une tonne nécessite des acides et des centaines de m3 d’eau. En Chine, elle est rejetée dans les nappes phréatiques.

Les terres rares ne contribuent donc pas à la protection de l’environnement ?

Les technologies durables ne respectent pas l’environnement. Transitions énergétique et numérique vont de pair. Le numérique est un énorme consommateur des métaux rares pour les serveurs, les ordinateurs, les millions de km de câbles, les satellites, les fusées qui génèrent énormément de CO2. L’Internet mondial consomme 50% de plus de C02 que le trafic aérien ! Sans parler de l’énergie nécessaire au fonctionnement de ces technologies. Envoyer un email ou refroidir un data center ont un impact sur l’environnement et sur les écosystèmes. Dire qu’une voiture électrique représente zéro émission est faux. L’extraction de certains de ses constituants, principalement en Chine, est une source de pollution qui provoque des cancers. Voilà la réalité de la transition énergétique.


[1] Éditions Les Liens qui Libèrent, janvier 2018.

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