Liban – Les notaires du Liban face au blanchiment d’argent 

Depuis la crise financière de 2019, le Liban s’est transformé en une économie de cash, marquée par l’effondrement du secteur bancaire devenu inaccessible ou dysfonctionnel. Cette situation a nécessité le renforcement des recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) en octobre 2025. Les notaires libanais se trouvent ainsi confrontés à des défis inédits. Ils sont tenus d’appliquer des procédures de vigilance accrue, de signalement et de documentation, doivent vérifier l’origine des fonds et identifier les bénéficiaires effectifs, conformément à la loi 44/2015. Ils franchissent ainsi les frontières traditionnelles de leur fonction pour assumer un rôle quasi-juridictionnel : le notaire devient le premier rempart contre les flux illicites, le garant de la traçabilité, parfois même le déclencheur d’une procédure judiciaire… mais sans les outils du juge, ni les moyens de l’enquêteur !

Montée en responsabilité 

Cette mission se heurte à des obstacles majeurs, 

d’autant que la majorité des transactions effectuées actuellement sont en espèces, ce qui complique leur traçabilité. De plus, les notaires manquent d’infrastructures numériques pour archiver et transmettre les informations requises, de coordination interinstitutionnelle et d’un registre centralisé des bénéficiaires effectifs.

Ainsi, cette montée en responsabilité supposerait en parallèle la reconnaissance de la nature évolutive du devoir notarial, avec les moyens d’un rôle élargi, à la hauteur des attentes nationales et internationales. 

Le Conseil des notaires du Liban, présidé par Me Randa Abboud, lance un appel urgent aux autorités compétentes : « Sans soutien logistique, outils adaptés et une formation continue sur les techniques de détection des opérations suspectes, les notaires ne peuvent remplir efficacement leur mission. Ils ne demandent pas des privilèges, mais des moyens. Leur engagement est réel. À l’État de les soutenir, à la société de les comprendre, à la justice de les accompagner. »

« Dans un pays en crise, où chaque transaction peut cacher une faille, les notaires libanais deviennent les gardiens silencieux de la transparence »