Cinq questions sur l’Institut de l’économie positive

Audrey Tcherkoff est la présidente exécutive de l’Institut de l’économie positive[1]. Cet institut de l’économie positive développe des modèles de société, d’entreprises et de territoires de demain avec les acteurs d’aujourd’hui.


Existe-t-il un modèle économique francophone ?
La Francophonie est une partie intégrante de l’économie positive et nous avons développé des outils qui permettent de mesurer la positivité des acteurs publics ou privés en s’axant sur les 3 piliers que sont les enjeux sociétaux, environnementaux et de gouvernance. Contribuer au développement de la Francophonie dans le monde est un enjeu essentiel. Nous travaillons beaucoup en Afrique. Le français est la seule langue parlée sur les 5 continents, elle est la 4e langue sur Internet et la 2e langue étrangère apprise dans les écoles. C’est un élément de fierté. La Fondation Positive Planète, qui est à l’origine de la création de cet institut, a accompagné 11 millions de personnes en 21 ans d’existence ; elle travaille sur le sujet de la langue en développant des formations axées sur ce thème, notamment en Afrique.

Quelles sont les perspectives pour les économies des pays d’Afrique ? 
Alors que l’Afrique connaissait une croissance certaine, la pandémie de la Covid-19 a causé la première récession du continent depuis 25 ans (- 1,8 % en 2020 selon le FMI). Bien que l’Afrique compte moins de victime que l’Europe ou les États-Unis, l’impact économique induit par la crise est réel : 40 millions de personnes risquent de tomber dans l’extrême pauvreté. Dès lors, lutter contre la pandémie est une priorité pour relancer l’économie africaine. Cependant, la crise représente aussi une opportunité dont les pays pourraient tirer des bénéfices, notamment pour réorienter leurs économies vers des modèles plus positifs via l’investissement dans les secteurs de l’économie de la vie.

Quels secteurs ?
Les économies des pays d’Afrique restent marquées par la part prépondérante qu’occupe l’agriculture, avec 54% de la population active employée dans ce secteur. L’agriculture responsable représente une clé pour sortir de la pauvreté. Les experts défendent l’usage de nouveaux modèles d’agriculture écologique, telles que la permaculture, afin d’intensifier les rendements tout en réduisant les impacts climatiques et environnementaux. Ce développement est toutefois défié par l’appauvrissement des sols, la tension sur le foncier disponible ainsi que le changement climatique. Par ailleurs, l’Afrique est marquée pour le foisonnement du petit entrepreneuriat, soutenu par une démographie en pleine expansion.En 2070, un jeune sur deux dans le monde sera africain. Les ressources naturelles majeures constituent un nouvel atout pour le continent, l’Afrique étant pourvue de métaux rares qui deviennent de plus en plus précieux et essentiel pour la transition écologique.

Quels facteurs contribuent à accélérer le développement des pays africains? 
Les États sont amenés à tenir un plus grand rôle. Ils seront mobilisés afin d’adopter des politiques visant à offrir des opportunités d’emploi pour la population, et pour aider à mettre un terme à l’extrême pauvreté, en particulier dans le contexte de l’après-Covid-19. Ils permettront également d’investir à la fois dans les infrastructures et dans l’économie numérique, en accroissant l’accès au haut débit, par exemple. Ces investissements soutiendront une reprise durable et soutenue, tout en incluant l’ensemble de la population, avec l’enjeu d’une redistribution efficace. Afin d’aider les gouvernements à accélérer le développement de leurs pays, le FMI a estimé le besoin de financement à 285 milliards de dollars. À ce titre, le G7 et le G20 ont un rôle à jouer. Le G20 a annoncé en avril dernier la suspension de service de la dette (ISSD) qui a permis à la moitié des PMA (Pays les moins avancés) de différer le remboursement de leurs emprunts, tandis que 33 milliards de dollars devraient être émis par le FMI. La question de la restructuration de la dette, qui a doublé entre 2010 et 2019 selon l’Agence française de développement (AFD), se pose également. Dans un contexte où les économies des pays d’Afrique ont un rôle croissant, soutenir leur développement en investissant dans des secteurs positifs est une véritable opportunité pour les partenaires du continent. Enfin, la question de l’égalité femmes-hommes, transversale, sera centrale dans la mise en œuvre d’une croissance et d’une économie positive.

Quel rôle le droit joue-t-il? 
Le développement du droit ne peut être que positif afin d’accélérer la croissance économique du continent. Tout d’abord, il facilite l’investissement. Le flou juridique fait peur aux investisseurs, aux entrepreneurs car il casse le climat de confiance impérieux au développement de tout écosystème viable. Or, cette confiance dans le respect des règles de droit est essentielle pour la protection de l’investissement et de l’innovation. Ensuite, le droit a un rôle majeur à jouer sur la gouvernance. En assurant la primauté du droit, et en encourageant l’ouverture et la transparence de l’État, les possibilités de corruption sont réduites et le climat est plus propice à la production, ainsi qu’à la croissance. Il apparaît en effet que les pays respectant le plus l’État de droit sont ceux dont la croissance est la plus forte. Nous pouvons prendre l’exemple du Kenya, qui s’est doté d’un code de conduite pour les décideurs de l’administration publique et qui a renforcé les fonctions des organismes chargés du contrôle des comptes publics et dont la situation financière et économique demeure stable. 

1] L’Institut de l’économie positive a été créé en novembre 2018 par la Fondation Positive Planet présidée par Jacques Attali.

En savoir plus : www.institut-economiepositive.com


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